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Dépistage de la protéinurie et de l’hématurie

Par Dr Harold Dion

Dr Harold Dion

Harold Christian Dion a fait ses études de médecine à l’Université d’Ottawa et sa spécialisation en médecine familiale à l’Université McGill.

Il travaille depuis plus de 25 ans à la Clinique médicale l’Actuel à Montréal. Il est également co-rédacteur-en-chef de « e-Relais VIH » une revue en ligne canadienne et bilingue, destinée aux patients atteints du VIH.

Au cours des 10 dernières années, il a écrit plusieurs chroniques sur divers problèmes de santé, destinées tant au grand public (Coup de pouce, 7 Jours, Reader’s Digest) qu’aux professionnels de la santé (L’actualité médicale, Le Clinicien, l’Omnipraticien, MedActuel FMC, Le Médecin du Québec).

Dans mon dernier article, je faisais référence à une présentation portant sur les comorbidités osseuses et rénales à laquelle j’avais assisté dans le cadre de la Conférence sur le SIDA 2014 à Melbourne, et que j’avais jugée particulièrement intéressante. Je mentionnais également que j’apporterais des précisions quant au dépistage de la protéinurie et de l’hématurie…

Que faire si une analyse d’urine au moyen d’une bandelette réactive révèle des résultats négatifs pour les protéines, le sang et le glucose?

  • Répéter à tous les 3 à 6 mois
  • Considérer le ratio annuel albumine/créatinine (RAC) et/ou le ratio protéines/ créatinine (PCR) si le patient est un fumeur, ou s’il prend du ténofovir ou souffre de :
    • Hypertension
    • Diabète
    • Dyslipidémie
    • Maladie cardiovasculaire
    • Co-infection VHC/VHB

Que faire si une analyse d’urine au moyen d’une bandelette réactive révèle des résultats positifs pour les protéines, le sang et le glucose, ou pour l’un de ceux-ci?

Confirmer les résultats au moyen d’une nouvelle analyse d’urine au moyen d’une bandelette réactive, et si :

L’analyse d’urine révèle la présence de protéines?

  • Demander une analyse d’urine pour obtenir les RAC et RPC (voir le tableau 1) :

 Tableau 1 : l’urine contient des protéines

  • Identifier le type de protéines
    • Glomérulaires  (l’albumine est la protéine prédominante –  si les ratios RAC/PCR  > 0,4 probablement glomérulaires)
    • Tubulaires ou excédentaires (les protéines qui ne sont pas de l’albumine sont les protéines prédominantes –  si les ratios RAC/PCR  > 0,4 probablement tubulaires ou excédentaires)
    • Éliminer la possibilité d’une gammapathie monoclonale (c.-à-d.  demander une électrophorèse des protéines sériques)
  • Évaluer le GFR
  • Chercher les signes de dysfonction des tubules proximaux
  • Rechercher des causes réversibles de protéinurie (c.-à-d. AINS, hypertension non maîtrisée, insuffisance cardiaque congestive, inflammation systémique, etc.)
  • Gérer les facteurs de risques pour les maladies cardiovasculaires
  • Envisager de traiter les patients souffrant d’hypertension ou de diabète avec un inhibiteur de l’ECA ou un ARA
  • Envisager la référence à un néphrologue en présence de :
    • Un déclin rapide du EGFR
    • Un ratio RAC ≥ 60 mg/mmol ou un ratio PCR ≥ 100 mg/mmol
    • Une hypertension non maîtrisée
    • Les signes d’une maladie systémique

L’analyse d’urine révèle la présence de sang?

  • Envisager de demander une culture d’urine et une échographie rénale (voir le tableau 2) :

Tableau 2 : l’urine contient du sang

  • Écarter les causes possibles :
    • Menstruations
    • Infections (infections des voies urinaires, infections transmissibles sexuellement, prostatite)
      • Demander les cultures appropriées
    • Problème urologique
    • Problème rénal
      • Demander un EFGR, un ratio RAC et/ou un ratio PCR
    • Coagulopathie
      • Demander les analyses : CBC, INR/TCA

L’analyse d’urine révèle la présence de glucose?

  • Écarter le diabète :
    • Évaluer le GFR
    • Faire un dépistage pour la protéinurie (ACR et/ou PCR)
    • Faire un dépistage pour une dysfonction des tubules proximaux :
      • Augmentation de la créatine dans l’urine
      • Glycosurie euglycémique
      • Protéinurie
      • Hypophosphatémie et phosphaturie (voir le tableau 3)

Tableau 3 : Phosphate sérique

  • Si le niveau est normal (0,8 – 1,5 mmol/L)
    • Surveiller à tous 3 à 6 mois
  • Si le niveau est bas (< 0,7 mmol/L)
    • Demander une analyse du taux d’excrétion urinaire fractionnelle du phosphate
    • Si anormal (> 10%), chercher les signes de dysfonction tubulaire
    • En cas de signes de toxicité des tubules proximaux, considérer également le myélome ou la carence en vitamine D

L’analyse d’urine ne révèle que la présence de globules blancs?

  • Considérer l’urétrite, la prostatite ou la néphrite interstitielle

 

Source
Bone and Renal Co-morbidities in HIV: The Osteo-Renal Exchange Program. AIDS 2014. 20th International AIDS Conference. July 20-25, 2014. Melbourne. Abstract MOSA01.