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La fatigue chez les personnes vivant avec le VIH

Par Dr Harold Dion

Dr Harold Dion

Harold Christian Dion a fait ses études de médecine à l’Université d’Ottawa et sa spécialisation en médecine familiale à l’Université McGill.

Il travaille depuis plus de 25 ans à la Clinique médicale l’Actuel à Montréal. Il est également co-rédacteur-en-chef de e-Relais VIH une revue en ligne canadienne et bilingue, destinée aux patients atteints du VIH.

Au cours des 10 dernières années, il a écrit plusieurs chroniques sur divers problèmes de santé, destinées tant au grand public (Coup de pouce, 7 Jours, Reader’s Digest) qu’aux professionnels de la santé (L’actualité médicale, Le Clinicien, L’Omnipraticien, MedActuel FMC, Le Médecin du Québec).

La fatigue est un symptôme assez courant chez les personnes vivant avec le VIH, même chez celles qui ont une charge virale indétectable et un niveau de CD4+ relativement élevé.

Les causes de la fatigue chez les personnes vivant avec le VIH

Elle est le plus souvent causée soit par de mauvaises habitudes de vie, des troubles psychologiques, la prise de certains médicaments, ou certaines maladies physiques. Il est donc important d’effectuer une bonne évaluation médicale afin d’exclure des maladies non liées au VIH, qui peuvent être soignées.

Les troubles psychologiques qui causent la fatigue sont la dépression, un excès de stress (problèmes familiaux, conflits au travail, surcharge de travail, problèmes financiers, etc.), ou un trouble d’adaptation (séparation, déménagement, changement d’emploi), etc.

En ce qui concerne les mauvaises habitudes de vie, une alimentation malsaine (riche en sucres et en matières grasses, et/ou pauvre en fruits, en légumes et en fibres), l’inactivité physique, les troubles du sommeil (insomnie, apnée du sommeil), le tabagisme, ainsi qu’un excès de caféine, d’alcool ou de drogues, peuvent tous provoquer de la fatigue.

De plus, certains médicaments, tels que les antihistaminiques, les anxiolytiques, les antidépresseurs, les somnifères, les anti-hypertenseurs, ainsi que les médicaments antirétroviraux sont tous susceptibles d’être à l’origine de la fatigue.

Enfin, certaines maladies physiques peuvent également être en cause (voir tableau 1). Il est ainsi recommandé d’effectuer des tests pour détecter l’anémie, le diabète, les troubles de la glande thyroïde, les taux hormonaux anormaux, les co-infections, les perturbations du sommeil, ainsi de suite…

Tableau 1 : Les maladies physiques pouvant causer la fatigue

  • Anémie
  • Diabète
  • Hypoglycémie
  • Hypertension sévère
  • Hépatite B ou C
  • Infection
  • Allergie
  • Hypo ou hyperthyroïdie
  • Arthrite
  • Insuffisance cardiaque
  • Insuffisance pulmonaire chronique
  • Insuffisance rénale
  • Maladie inflammatoire de l’intestin
  • Maladie neurologique (sclérose en plaques, maladie de Parkinson, etc.)
  • Ménopause
  • Andropause
  • Cancer
  • Etc.

Le traitement de la fatigue chez les personnes vivant avec le VIH

Comme traitement pour la fatigue chez la personne vivant avec le VIH, une approche intégrée est proposée. Un bon point de départ serait de recommander une alimentation saine et équilibrée, ainsi qu’une activité physique que la personne aime et qu’elle peut intégrer dans la vie de tous les jours (jardiner, emprunter les escaliers, marcher au dépanneur, marcher en forêt, etc.), afin d’augmenter ses chances de persister dans cette activité.

La psychothérapie et, dans certains cas, un antidépresseur peuvent améliorer la dépression. L’activité physique, les exercices de respiration, le yoga et la méditation peuvent atténuer les effets du stress. Il est aussi important de régler les troubles de sommeil (incluant l’apnée du sommeil) et de limiter la prise de médicaments pouvant causer la fatigue. Il pourrait s’avérer nécessaire de modifier la thérapie antirétrovirale. Si la consommation d’alcool ou de drogues est problématique, mieux vaut diriger la personne vers un service de soutien à l’arrêt.

Enfin, le traitement de la fatigue liée à une maladie physique déprendra de la cause. Par exemple, une infection diagnostiquée doit être traitée complètement et une déficience en testostérone ou en hormones thyroïdiennes peut être soulagée par une hormonothérapie substitutive. Le traitement de l’anémie sera couvert dans une chronique ultérieure. Pour en savoir plus, veuillez consulter les références ci-dessous.

Références
Payne B, et al. HIV-associated fatigue in the era of highly active antiretroviral therapy. HIV Medicine. 2013 Apr; 14(4) :257-51.
Jong E, et al. Predictors and treatment strategies of HIV-related fatigue in the combined antiretroviral therapy era. AIDS. 2010 June 19; 24(10) :1387-1405.

Image : Statue of the Tired Man, par József Somogyi