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Par Dr Harold Dion

Dr. Harold Dion

Harold Christian Dion a fait ses études de médecine à l’Université d’Ottawa et sa spécialisation en médecine familiale à l’Université McGill.

Il travaille depuis plus de 25 ans à la Clinique médicale l’Actuel à Montréal. Il est également co-rédacteur-en-chef de « e-Relais VIH » une revue en ligne canadienne et bilingue, destinée aux patients atteints du VIH.

Au cours des 10 dernières années, il a écrit plusieurs chroniques sur divers problèmes de santé, destinées tant au grand public (Coup de pouce, 7 Jours, Reader’s Digest) qu’aux professionnels de la santé (L’actualité médicale, Le Clinicien, l’Omnipraticien, MedActuel FMC, Le Médecin du Québec).

J’ai assisté à la 20e Conférence internationale sur le sida, qui s’est déroulée du 20-25 juillet, à Melbourne en Australie. Celle-ci a été assombrie par l’écrasement du vol MH17 de la Malaysie Airlines, où se trouvaient plusieurs participants, dont le professeur Joep Lange – un pionnier pour faciliter l’accès abordable au traitement ARV. Dans les prochaines chroniques, je ferai un compte-rendu des faits saillants de cette conférence.

La PrEP : il faut au moins quatre doses par semaine pour être efficace

J’ai choisi de débuter par vous résumer une session orale qui présentait les résultats de l’extension ouverte de l’étude iPrEx, dont l’objectif était d’évaluer l’efficacité de la PrEP (prophylaxie pré-exposition). Dans cette étude, ont été recrutés 1225 hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et des femmes transgenres. 847 d’entre eux prenaient la PrEP, qui consistait à prendre un comprimé de truvada (ténofovir et emtricitabine) par jour, alors que les autres participants ont choisi de ne pas la prendre.

Dans l’ensemble, les résultats ont montré que la PrEP pouvait réduire de façon importante les risques d’acquisition du VIH, mais l’efficacité du traitement était fortement liée à l’adhésion. Le traitement n’a eu aucun impact sur l’acquisition de l’infection chez les participants qui prenaient moins de deux doses par semaine. Chez les participants qui prenaient entre deux et trois doses par semaine, le traitement a réduit les risques d’infection de 84%, alors qu’aucune infection à VIH n’a été identifiée chez ceux qui ont pris quatre doses ou plus par semaine.

Toutefois, seulement un tiers des participants a réussi à atteindre un tel taux d’adhésion et seulement 39% des participants à risque élevé d’être exposés au VIH au début de l’étude, prenaient suffisamment de doses pour les protéger contre le VIH, trois mois plus tard. On a cependant observé que l’adhésion au traitement semblait liée à l’âge de l’individu: les participants ayant 30 ou 40 ans, étaient deux ou trois fois plus susceptibles d’avoir un taux détectable de médicament dans leur sang que les participants plus jeunes.

On a aussi remarqué que la PrEP n’amenait pas les individus à prendre plus de risque sur le plan sexuel. La majorité des participants ont en fait utilisé davantage de préservatifs après avoir débuté la PrEP. Une minorité (principalement ceux qui n’utilisaient pas de préservatifs avant le début de l’étude) utilisaient la PrEP comme seul moyen de protection contre le VIH.

D’autres études en cours (dont l’étude IPERGAY chez les hommes gays en France et au Canada) sont à évaluer si un dosage intermittent de la PrEP (le jour précédant les rapports sexuels, à répéter 24 et 48 heures après les rapports) pourrait s’avérer tout aussi efficace et plus facile à prendre. Les résultats sont attendus à la fin 2016.

Références

Grant RM, et al, Results for the iPrex open-label extension (iPrex OLE) in men and transgender women who have sex with men : PrEP uptake, sexual practices, and HIV incidence. 20th International AIDS Conference, July 20-25, 2014; Melbourne, Australia. Abstract TUAC0105LB.